Il y a quelques jours, j’ai sombré dans une terrible expérience vidéo-littéraire.
La nuit, depuis quelques heures était tombée. Je m’ennuyais bêtement et je n’avais pas sommeil. Au milieu des marque-pages de mon navigateur, je tombai sur le site officiel de Marc-Edouard Nabe. Bingo.
Le site n’étant pas très bien foutu, disons-le, je me dirigeai vers Dailymotion et tapai Nabe dans la recherche. Je fus alors, après quelques minutes de visionnage, saisi d’une frénésie nabokovienne nabienne. La première participation de Nabe dans l’émission Apostrophes de Bernard Pivot fut un désastre pour lui, considéré ensuite, à tort, soit pour un antisémite convaincu, soit pour un provocateur en mal de reconnaissance. Banni pendant quelques années.
J’enchaînai, à partir de ce moment, avec toutes les vidéos de Nabe que je pouvais trouver, passant du rire franc à celui, crispé du spectateur mal à l’aise. Ce qui est stupéfiant avec Nabe, c’est l’extraordinaire force qui se dégage de certaines de ses assertions, autant que l’extraordinaire maladresse avec laquelle il crache les autres. Jamais de demi-mesure chez lui.
Je repense à cette émission “culte” d’Apostrophes où Nabe devint ce paria pour toute une partie du monde littéraire; à la montée d’un certain antisémitisme dans la société d’aujourd’hui; à cette façon maladroite qu’avait Nabe d’essayer de convaincre ses interlocuteurs sur la nécessité de ne pas enfermer certains mots dans des boîtes à tabou; au silence de plusieurs décennies qui suivit après la Shoah; à ce trop-plein de documentaires qui désormais inondent la télévision à ce sujet.
A cloîtrer certains mots, certaines notions dans des forteresses, elles finissent par être kidnappées par d’autres, les vrais extrémistes. Nabe, lui, ne voulait pas exclure les juifs de son livre de haine* “Au régal des vermines”. Une sorte d’hygiène d’écrivain, qui ne peut pas, ne veut pas exclure, faire d’exception. Avait-il raison ? Je ne sais pas. En tout cas, les initiales de Marc-Edouard Nabe, ça fait MEN… les hommes.
*c’est ainsi que Nabe qualifia son livre sur le plateau de Pivot.


